H:  126,5 cm   l: 70 cm prof: 65 cm  

  Réalisé en bois de hêtre et de noyer doré, ils présentent un très haut dossier de forme rectangulaire d’où partent les deux bras somptueusement ornés de fleurs, de feuillages et de lambrequins, terminés par une crosse décorée d’enroulements et d’une fleur. La console d’accotoir est ornée de feuilles d’acanthe. Ils reposent sur quatre pieds en forme de balustre à double bulbe de section carrée à tablettes enfoncées sculptées de feuilles. Les pieds sont terminés par un double enroulement et  réunis par une entretoise en forme de H dont la traverse médiane en forme de deux C accolés est décorée de feuilles d’acanthe, de feuillages et de résille.

 

LE SIEGE, OUTIL DE REPRESENTATION

En 1582,  Henri III établit un règlement de sa maison qui perdurera pendant tout le 17e siècle.

Dans la salle de bal, chaire pour le Roi et la Reine et une 20e d’autres sièges tant tabourets que scabeaux pour ceux et celles qui devaient asseoir, ce qui est un grand honneur.

Au 17e siècle, le Journal de Dangeau, les Mémoires de Saint-Simon, les lettres de Mme de Sévigné sont remplies d’anecdotes relatives à la hiérarchie des sièges et aux jalousies et intrigues engendrées par le fait que l’on a le droit à un fauteuil ou à une chaise ou un tabouret.

Le fauteuil exprime à merveille le sentiment de la grandeur. Construit par des hommes qui voulaient augmenter leur taille à l’aide de la perruque à boucles étagées et des talons rouges, son dossier est très haut et son siège large. Lorsque Versailles devient le siège du pouvoir en 1682, tout un système de la Cour se met en place et l’étiquette est rigoureusement observée. L’usage ou non de certains sièges est un élément crucial de la vie de cour, et  sont des moments qui exaltent la noblesse en quête de reconnaissance royale.

Une usurpation de place peut provoquer les pires conflits. Le siège indique avec exactitude le rang, l’ordre de préséance. Le duc de Lorraine ayant demandé une chaise à bras devant Monsieur, frère du Roi, cette demande entraîna l’annulation du voyage à Bar de Philippe d’Orléans et de son épouse la Palatine. L’incident diplomatique n’était pas loin.

A Versailles, seul le roi et la reine sont assis dans un fauteuil, les princes de sang ont droit à chaise et les duchesses à des tabourets. Tous les autres membres de la Cour restent debout. Dans l’intimité il en va tout autrement. Suivant la condition sociale, les sièges sont plus ou moins nombreux, mais d’après les inventaires, il semble qu’ils soient commandés par quatre ou six.

Notre suite de fauteuils est identique à cette suite de huit fauteuils de l’ancienne collection Steinitz.

Douze fauteuils est un ensemble assez considérable, la plupart du temps les commandes de cette époque étaient de six fauteuils. Il peut donc s’agir de deux ensembles.

Nous retrouvons sur des portraits d’époque des personnages importants posant avec un siège en bois doré, comme Philippe V d’Espagne. Nous retrouvons sur ce siège les caractéristiques des sièges Louis XIV, à savoir les pieds en balustre et les accotoirs en crosse.

Enfin, sur les deux exemples ci-dessous (le fauteuil de l’ancienne collection Rothschild et la banquette conservée au musée des arts décoratifs) nous retrouvons le même dessin de la traverse de l’entretoise à savoir deux crosses enroulées.

L’estampille n’étant pas obligatoire, il est presque impossible d’attribuer un siège à un quelconque menuisier. Contrairement à l’époque suivante, seul la partie basse du siège est en bois sculpté ( le dossier est entièrement recouvert de tissu), les pieds et les entretoises répondent à des dessins assez stéréotypés, aucune véritable originalité ne se dégage pour permettre d’avancer un nom.

Dans les inventaires de l’époque, les bois sont décrits comme pouvant rester au naturel, mais on trouve aussi des sièges peints en noir, en rouge, parfois en bleu lapis ou recouverts de « lachinage » ou ayant l’aspect des vernis orientaux. Le plus opulent restant la dorure bien qu’interdite par édit royal à la fin du XVIIe siècle.

Cet ensemble de sièges d’époque Louis XIV est un des plus beaux exemples de l’art du menuisier de cette époque. Pour comprendre leur importance, il est impératif de les replacer dans leur contexte et la description d’un ameublement de cette époque nous les fera encore plus apprécier:

La visite d’un hôtel parisien bâti en 1704 pour Etienne Rivié, secrétaire du Roi:

Dans le grand salon destiné aux invités de marque avec son décor opulent, on peut voir une grande table de marbre griotte sur son pied en bois sculpté et doré, la même dorure recouvrant les bois des treize fauteuils et des deux sophas richement garnis de tapisserie de points à la turc fond  noir.

Bibliographie :

  • Calin Demetrescu, Le style Louis XIV, éditions de l’amateur,2002.
  • Madeleine Jarry et Pierre Devinoy, Le siège français, éditions Office du Livre.
  • Le cadre et le bois doré à travers les siècles, catalogue d’une exposition organisée par la Galerie Georges Bac, 35-37, rue Bonaparte, 75006 Paris.
Ancienne collection B. Steinitz
Philippe V d’Espagne
Détail
Ancienne collection baron Gustave de Rothschild
Musée des arts décoratifs – Paris