H: 116 cm / 45 ¾ in l: 102 cm / 40 in prof: 72 cm / 28¼ in

En ancien laque de Chine à décor de pagodes et vernis Martin, cette encoignure ouvre par deux vantaux découvrant un secrétaire à abattant. Les montants de part et d’autre sont à coins pincés. Elle repose sur trois pieds dont les deux antérieurs, dans le prolongement des montants, sont cambrés et réunis par une traverse basse bombée et découpée. Elle est ornée d’une somptueuse garniture de bronze doré et ciselé rocaille, qui a conservé son ancienne dorure, telle que chutes, encadrement des vantaux, tablier, sabots et entrées de serrures.  Le dessus en marbre brèche d’Alep est mouluré.

Parmi les meubles les plus célèbres de Jacques Dubois il convient d’en mentionner trois: le bureau en  laque exécuté pour Louis-Philippe duc d’Orléans ( 1747-1793) dit Philippe Egalité et se trouvant dans son château du Raincy, château acheté par son père en 1768, dit bureau « de Choiseul »; le bureau en bois de rose dit « de Vergennes », un des plus spectaculaires de par son décor de bronzes, et l’imposante encoignure commandée par le général Mokronowski, livrée au comte  Jean-Clément Branicki (1689-1771)  par l’intermédiaire du marchand mercier Lullier de Varsovie pour son palais  à Bialystok, puis passé par héritage à la sœur du comte à son décès en 1771, conservée aujourd’hui au J.P Getty Museum.

L’inventaire après décès de Jacques Dubois est riche de renseignements, nous trouvons la liste de ses clients, le nom des bronziers avec lesquels il travaillait, son serrurier (Louis)  ainsi que le nom d’un marbrier ( Joignaux)

Parmi ses clients figurent les noms les plus prestigieux de l’aristocratie.

On note le duc de Bouillon (mort en 1771), le prince de Turenne, le prince de Talmont ( mort en 1794), la comtesse de Mailly ( cliente chez le marchand mercier Gersaint), la comtesse de Valentinois ( morte en 1774), la comtesse de Lambesc, le duc d’Orléans, le duc de Parme époux de Madame Elisabeth fille de Louis XV, ,Madame de Grafigny auteur des lettres d’une péruvienne ( morte en 1759). Dans l’appartement occupé par cette dernière rue d’Enfer, l’ameublement est tout à fait typique de l’époque. On trouve dans une salle ensuite donnant sur le jardin du Luxembourg un petit secrétaire de bois peint en rouge façon de laque  garny de bronze et cuivre doré d’ormoulu avec son dessus de marbre brèche d’alep ( 72 livres), et dans son petit cabinet ayant vu sur le jardin du Luxembourg, un cabinet, une petite armoire en encoignure à deux volets, une table en cabaret, le tout peint et vernis façon de la Chine.

Fils d’un corroyeur de Pontoise, Jacques Dubois n’était autre que le demi-frère de Noel Gérard qui deviendra à partir de son accession à la maîtrise en 1726 un des plus importants marchands merciers de son temps. Sa cousine germaine avait épousé le menuisier en ébène Pierre Lelibon, fils de l’ébéniste Laurent Lelibon et neveu par alliance de Alexandre-Jean Oppenordt, ébéniste ordinaire du Roi.

Lorsqu’il obtient la maîtrise le 5 septembre 1742, il a quarante huit ans, et est marié depuis douze ans à Marie-Madeleine Brachet. C’est à cette époque qu’il s’installe dans une maison rue de Charenton, vis-à-vis de l’Hôtel des Mousquetaires Noirs. En 1752, il est élu juré de la corporation des menuisiers-ébénistes et à ce titre il estimera les ouvrages trouvés à l’Arsenal dans les locaux occupés par J.F Oeben à sa mort en 1763. Cette même année, Jacques Dubois meurt subitement laissant une veuve et trois enfants.

Passé maître dans l’art du style Louis XV, nous ne connaissons pas sa production Régence, par contre nous savons, comme pour J.F Oeben qu’il avait suivit l’évolution artistique avec la présence de commodes « à la grecque » dans son magasin.

Une partie de sa production était recouverte de panneaux de la Chine ou du Japon. Il s’était aussi fait une spécialité des meubles en vernis au point d’avoir un vernisseur attitré: le sieur Huitre, avec lequel il était en compte courant.

Les bronzes font partie intégrante de l’élaboration des ses meubles. Respectant les règles des corporations, il s’assura néanmoins l’exclusivité de certains modèles, c’est ainsi que de commodes en bureaux ou secrétaires de pente, nous retrouvons des bronzes tout à fait caractéristiques de son répertoire. Son inventaire cite trois fondeurs: Claude-Bernard Heban, Etienne Forestier et Catelier. Et il semble que la dorure de ses bronzes aient été accordée exclusivement au doreur Nicolas-Claude Hamelin.

Décédé brutalement en octobre 1763, l’inventaire qui s’en suit nous livre la description d’un atelier en pleine production. On note une douzaine d’établis ce qui marque l’importance de la production, une centaine de meubles achevés ou en cours de finition, un certain nombre de meubles à panneaux de laque et un stock estimé à plus de dix mille livres.

La maison qu’il occupait rue de Charenton nous est décrite dans un bail de 1471: il y avait trois salles par bas, une cour entourée de murs, une remise dans cette même cour et qui sert d’entrée, petite cour… deux chambres au premier étage au dessus de la salle servant de boutique. Au fil des ans Jacques Dubois ne cessera d’agrandir les lieux dans lesquels il vit et fait commerce.

Mais c’est aussi avec les plus prestigieux marchands merciers qu’il est en relation pour vendre ses œuvres les plus prestigieuses. Un des plus importants sera Léger Bertin établi rue Saint Honoré à la Toison d’Or. Mais il convient aussi de citer Jacques-François Machart à l’enseigne de la duchesse de Bourgogne,  Deyle-François Labrunne, à l’image Saint-Pierre.Il travailla aussi pour Migeon et Gilles Joubert.

Bibliographie:

Stéphane Boiron, Dubois ébéniste, un maître du style Louis XV, l’estampille –l’objet d’art, juin 1990, pp. 42-60

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